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François Ledoyen Carpiquet, Normandie, France Cher père, Je vous écris pour vous signaler notre victoire sur les Allemands à Caen et vous raconter une histoire incroyable. Après deux essais manqués nous avons enfin réussi à nous emparer de Caen
pas plus tard qu’hier. Notre objectif du Débarquement a enfin été atteint
après plus d’un mois de batailles ininterrompues et sanglantes. Contrairement à l’accueil souvent délirant des habitants des petits villages que nous avons délivrés, j’ai rencontré depuis notre arrivée près de Caen beaucoup de visages hagards. Nous découvrons quelquefois dans certaines maisons, ou ce qu’il en reste, des habitants traumatisés et muets. Le plus difficile à supporter, outre la peur d’être tué à chaque instant, c’est le grand nombre de cadavres atrocement brûlés ou mutilés que plus personne ne vient chercher.
J’ai été touché à l’épaule par une balle et je n’ai pas réussi à garder mon équilibre. Je serais sûrement mort, et la petite fille aussi, si un résistant n’était venu à notre secours. Nous sommes donc retournés tous les trois à l’arrière où après avoir donner la petite à une infirmière j’ai dû attendre quatre heures avec mon sauveur, blessé lui aussi. Nos blessures étant jugées superficielles, nos cas n’ont pas été traités en urgence, les brûlés et les grands mutilés passant en priorité. Mon sauveur se prénomme Pierre Dehail comme nos voisins. Il m’a dit avoir eu des ancêtres qui ont émigré au Québec en 1804. Peut-être est-il cousin avec nos voisins et cette coïncidence nous a rapprochés encore plus au cours de cette après-midi passée dans les pleurs et les gémissements. Il est jeune comme moi mais toute sa famille a disparue dans les bombardements. Il faut que j’écrive à Angela pour la rassurer sur moi. Affectueusement. Votre fils : François
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