11 Juillet 1944

Accueil

 

Charles Ledoyen

Montréal, 11 juillet 1944

 

Cher François,

    Je comprends à quel point le stress que tu vis en ce moment doit être énorme. Nous avons reçu certaines nouvelles de deux régiments Québécois qui ont participé au débarquement. Les pertes sont nombreuses. Le régiment de la Chaudière dénombre 212 morts et 793 blessés. De son côté, le régiment de Maisonneuve chiffre ses pertes humaines à 214 mots et 778 blessés. Malgré tous ces chiffres d'épouvante, nous gardons toujours espoir de te revoir en vie. Tu nous manques énormément.

    Tes nouvelles nous donnent une lueur d'espoir en ce qui concerne la fin de la guerre. Vous semblez gagner du terrain. Les Alliés avancent. Depuis ton départ, il règne un vent de peur ici. La conscription enlève la joie de nos familles. Les hommes, pour éviter d'être mobilisés, se marient et ont des enfants rapidement. Personne ne veut prendre part à ce conflit monumental. Ces jours-ci, les mariages se font à la pelletée. Certains se sont coupés les index pour ne plus être capable de tirer au fusil. D'autres ont usé de la méthode fugitive. Ils se sont réfugiés dans les bois ou dans d'autres cachettes.

    Il est évident que personne ne veut servir de chair à canon. Je me demande encore ce qui t'a poussé à t'enrôler. Je ne comprends pas ton geste ! 

    Tout le monde a peur et se cache. Ce n'est pas pour rien que le Québec a refusé la conscription à 85 pour cent. Bien que cette dernière ait été proclamée en 1942, le gouvernement King a eu la décence d'attendre jusqu'en 1944 pour l'appliquer. Il n'en reste qu'à mes yeux, c'est un politicien comme les autres.

 

    Il fait beau et chaud ici. Les tramways filent à vive allure les rues brûlantes. Le parc Lafontaine abrite plusieurs passants du soleil ardent. En dépit de cette chaleur, il règne un grand froid en raison de ton absence. Reviens-nous au plus vite.

Ton père : Charles

 

 

Précédente Accueil Remonter Suivante