14 Juin 1944

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François Ledoyen
3° Division d’Infanterie Canadienne

Normandie, France
Le 14 juin 1944

 

Cher père,

    Comme vous l'avez sûrement appris par les journaux ou la radio, nous avons débarqué en Normandie. Je vous écris pour vous donner de rassurantes nouvelles à mon sujet mais je vis comme tous les soldats qui ont débarqué le 6 juin un cauchemar permanent où les périodes d'accalmies sont rares.

    Si vous saviez à quel carnage sur la plage nous avons été confrontés ! Je crois que la rage de venger oncle Jacques, mort à Dieppe en août 42 m'a aidé à tenir sur mes jambes ce 6 juin.

    Cette journée a commencé pour nous dès la veille au soir. Nous avions embarqué 24 heures plus tôt et c'est à ce moment là que notre caporal-chef, avec l'aide du sergent Cartel nous ont expliqué le but de notre manoeuvre. Nous allions débarquer en Normandie sur la plage de Juno qui nous était attribuée, à nous, divisions canadiennes. Les informations sur le déroulement ne nous ont été données qu'à ce moment pour éviter tout risque de fuite ou de trahison.

 A la suite de cette annonce personne n’est resté indifférent. Certains se sont mis à pleurer ou à vomir de peur tandis que d’autres jubilaient à l’idée d’affronter enfin l’ennemi Allemand et de délivrer l’Europe du joug nazi. Je dois vous avouer que pour ma part j’ai pleuré avec Rosaire et après nous être assis dans un coin du bateau, nous nous sommes promis de nous entraider lors du débarquement sur la plage. Maintenant je sais ce que veux dire l’expression " trembler de peur " ; nous en claquions même des dents.
    Après un faux départ qui nous a fait attendre deux jours dans les bateaux nous avons enfin pris la mer malgré le vent et la pluie persistants et nous étions pratiquement tous contaminés par le mal de mer.
   
Vers 5 heures du matin, toujours entassés dans les chalands, ces bateaux à fond plat, nous nous approchions des côtes françaises mais notre débarquement ne devait s'effectuer qu'à partir de huit heures.

    A 6 heures l'aumônier a dit une messe et nous avons tous prié.

    Je suis obligé de vous quitter car le pilonnage des allemands reprend.
    J'espère pouvoir vous raconter l'assaut de la plage de Juno et notre progression lente dans le bocage normand dans une très prochaine lettre. Je ne sais pas si le courrier vous parvient régulièrement mais d'écrire ce que je vis ces derniers jours m'aide à ne pas devenir fou.

Avec tout mon amour.

Votre fils : François

 

 

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