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François Ledoyen Normandie, France Cher père, Voici enfin une nouvelle accalmie que je présage trop courte. Cela fait plus d’une semaine que nous sommes là et nous n’avons presque pas bougé depuis le jour du débarquement où nous avions avancé de plusieurs kilomètres. Un jour nous avançons un peu, le lendemain nous stagnons. Nous sommes presque en permanence sous les bombardements ennemis. Je redoute de dormir. J’ai peur à chaque fois que je ferme les yeux. Je
revois les scènes du 6 juin, de cette journée ô combien horrible !
Les hommes se
noient. Les Allemands nous bombardent. Nous essayons tant bien que mal d’avancer.
Les hommes autour de moi tombent en criant. Nos chefs nous encouragent. Les
cadavres jonchent la plage. Nos hurlements et les détonations des armes me
remplissent les oreilles. Quelle tuerie !
Nous avons pris Courseulles une demi-heure seulement après le débarquement de Juno. Mais cette demi-heure m’a parue tellement longue, trop longue, trop atroce. Nous continuons d’avancer en repoussant les Allemands. Comme promis, nous sommes restés ensemble, Rosaire et moi, tout au long du trajet dans le bateau qui nous a fait traverser la Manche. Puis nous nous sommes entraidés autant que possible durant l’assaut de la plage. Une fois les Allemands repoussés, Rosaire a été envoyé avec quelques autres hommes en exploration pour déminer le secteur où nous nous trouvions. Il en est revenu gravement mutilé par un explosif allemand. Il a été évacué et j’espère qu’il s’en sortira.. A la fin de cette journée nous apprenions que nous devions nous diriger sur la ville de Caen afin d’y rejoindre la 3° Division Britannique. Cet objectif n’a toujours pas été atteint. Je vous raconterai tout en détail dans une prochaine lettre. Je n’ai toujours pas de nouvelles de vous mais je sais que les lettres de nos familles sont collectées quelque part et elles nous seront distribuées sûrement bientôt par les vaguemestres. Avec tout mon amour Votre fils : François
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