18 Avril 1944

 

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François Ledoyen
3° Division d’Infanterie Canadienne


Hambledon, Angleterre
Le 18 avril 1944

 

Cher père,

    Voici plusieurs mois que je me trouve ici et le mal de mon pays se fait déjà sentir. Je me languis de vous et du pays.

    Nos troupes ont été associées à celles des anglais et l'obstacle de la langue, présent au début, s'est estompé peu à peu. Nous n’avons pas le choix. Nous devons nous plier à l’anglais. Je suis sûr qu’à leurs yeux nous ne valons guère plus que de la chair à canon.

    Je me suis lié d'amitié avec le fils de l’épicier du village bien qu’il soit anglais. Il s’appelle Winston, comme leur Premier ministre, ce qui lui vaut des plaisanteries de la part des autres villageois. Il a été gravement blessé à El Alamein en octobre 1942 et peut-être est-ce son expérience personnelle qui lui donne une attitude différente envers nous autres Québécois.

    Dans mon unité, je me suis retrouvé avec un autre québécois, Rosaire Beauregard, originaire du même quartier de Montréal. Nous partageons souvent des discussions animées et nostalgiques sur le pays, nos souvenirs, nos anecdotes…

    Pour ce qui est de la situation militaire, elle stagne. Les seuls renseignements que nous possédons sur le déroulement de la guerre nous sont transmis non pas par nos supérieurs mais par la radio londonienne.
   
Nous ne savons toujours pas quand ni comment nous allons entrer dans cet engrenage meurtrier. Peut-être ce conflit sera dur à gagner mais cette attente devient insupportable. Au fur et à mesure du temps qui passe et de l'ignorance persistante dans laquelle nous sommes, la tension monte au sein des soldats.
   
Je ne peux vous en dire plus car nos informations sont vraiment maigres.

    Ici, les jours se suivent et se ressemblent. Je vous ai déjà écrit souvent que Hambledon, le village où nous sommes basés, se trouvait près de Portsmouth où je me suis rendu hier au cours d'une permission de 24 heures avec mon ami Rosaire.
   
Nous avons constaté un nombre grandissant de soldats dans la ville. Nous avons aussi appris que les troupes américaines qui continuent d'arriver régulièrement sur le territoire anglais, autour de Portland, seraient déplacées vers notre région où se trouve déjà une grande partie des bases britanniques.

    J'ai vraiment hâte que tout cela finisse et je commence à voir régulièrement Angela, l’institutrice du village qui est aussi la soeur de Winston.

    J'espère que chez nous tout le monde va bien.

Vous me manquez tous beaucoup. J'attends impatiemment de vos nouvelles qui je l'espère sont bonnes. Sachez que chacune de vos lettres m'apporte un bonheur immense.

Embrassez pour moi ma chère soeur qui doit bientôt mettre son enfant au monde si ce n'est déjà fait.

Affectueusement.

Votre fils : François

 

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