20 Août 1944

 

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Charles Ledoyen

Montréal, le 20 Août 1944

 

Cher François,

    Les élections sont terminées ici! Adélard Godbout doit céder sa place à Monsieur Maurice Duplessis. La voie est grande ouverte à l'Union Nationale. Monsieur Adélard Godbout a été une victime des circonstances de la guerre, et surtout, de la conscription. C'est un retour aux sources. L'Union Nationale était désorganisée après sa défaite de 1939, mais elle est revenue en raison du mécontentement des Québécois.

    Il ne se passe pas beaucoup de choses ici. Ta soeur travaille toujours dans une manufacture de textile produisant des couvertures. De mon côté, la production de moteurs de machinerie lourde est en plein essor. Tout fonctionne à un rythme effréné. Ce n'est que le soir, une fois épuisé, que l'on réalise que l'on vient de perdre une autre journée en raison d'un désaxé de l'Allemagne. Je suis content que tout fonctionne bien et, surtout, comme prévu de ton côté.

    Je suis désolé et je trouve inhumain d'apprendre les phrases de tes supérieurs. Il est vrai que les sacrifices font avancer les choses. Cependant, si nous gagnons cette guerre, ce sera au prix de la vie de pauvres innocents qui ne demandaient qu'une vie tranquille.

    Tiens bon fiston. La fin approche. Je le sens dans tes lettres, et par les coups de tête des alliés. Bien que certaines de tes lettres aient été hachurées, je devine que tes nouvelles étaient positives.

    C'est la fin de l'été qui s'annonce. Le temps est sec et le gazon a de la difficulté à pousser. J'espère que les photos que nous t'envoyons, te remémorent certains souvenirs et alimentent ton désir de revenir. Courage.

Ton père : Charles

 

 

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