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Charles Ledoyen Montréal, le 22 Juillet 1944
Cher François, Je constate
que le décalage entre nos lettres s'accentue de plus en plus. Il me semble
que l'on s'éloigne peu à peu. Tes nouvelles sont bien bouleversantes. La victoire de Caen est une grande étape qui redonne de l'espoir à tout le monde. Bien que la guerre ne soit pas encore gagnée, c'est un pas en avant. Nous sommes heureux que la chance se porte de ton côté. Nous avons tous hâte de rencontrer ta bien aimée. Monsieur Adélard Godbout est à la fin de son mandat. Nous verrons si le chef du parti libéral reprendra les rênes du Québec.
Cependant, la conscription et les accords fiscaux sont les deux poids majeurs qui constituent mon mécontentement et celui de la majorité de la population québécoise. L'électricité, c'est bien beau, mais la vie de nos familles l'est encore plus. Tu sais, la raison pour laquelle tous les Québécois sont contre cette guerre, c'est parce que c'est la guerre des Anglais. Ce sont eux qui ont déclaré la guerre aux Allemands. Nous aurions pu rester neutres, comme certains pays. De toute façon, maintenant nous avons mis le doigt dans l'engrenage. Il faut percevoir un but dans toute cette monstruosité. Le mien, c'est de te revoir en notre compagnie. Nous t'aimons tous très fort. Ton père : Charles
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