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Charles Ledoyen Montréal, le 26 Juin 1944
Cher François, Nous avons reçu tes
lettres avec un décalage stupéfiant. Notre charmant quartier a le coeur à la fête. C'est ce qui nous encourage à poursuivre tous les efforts. La bonne vieille ville de Montréal respire un peu. Les arbres ont leurs feuilles bien encrées et l'air est plus chaud que jamais. Par contre, ta soeur et moi travaillons toujours aussi fort. Ce régime effréné nous épuise. Depuis ta dernière
lettre, aucun événement d'ampleur ne s'est manifesté. Le bon côté de cette
guerre, c'est que nous sommes dans une période de plein emploi. Toutes les
manufactures réalisent des profits incroyables. La seule chose qui
suit vraiment cette guerre, ce sont les querelles causées par notre langue. Il
n'y a pas moyen de se faire respecter et même, de parler le français dans
l'armée ou dans le centre ville de Montréal. Tu dois connaître ce problème. Il est maintenant l'heure pour moi et ta soeur d'aller travailler. Prends soin de toi, et ne fais pas de folies. Ton père et ta soeur qui t'aiment beaucoup.
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