26 Juin 1944

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Charles Ledoyen

Montréal, le 26 Juin 1944

 

Cher François,

    Nous avons reçu tes lettres avec un décalage stupéfiant.
    Eh oui, nous avons appris le débarquement par les journaux. Nos inquiétudes étaient donc bien réelles. Ces lettres nous soulagent énormément.
    Les courriers et les postes radios ne parlent que de cette nouvelle meurtrière. Les visages se portent soit à la fête soit au désespoir. La victoire est grande, mais les pertes le sont aussi.

    Notre charmant quartier a le coeur à la fête. C'est ce qui nous encourage à poursuivre tous les efforts. La bonne vieille ville de Montréal respire un peu. Les arbres ont leurs feuilles bien encrées et l'air est plus chaud que jamais. Par contre, ta soeur et moi travaillons toujours aussi fort. Ce régime effréné nous épuise.

    Depuis ta dernière lettre, aucun événement d'ampleur ne s'est manifesté. Le bon côté de cette guerre, c'est que nous sommes dans une période de plein emploi. Toutes les manufactures réalisent des profits incroyables.
  
Nous aimerions passer cette période en ta compagnie. Après l'affreuse crise de 1929, voici le beau temps économique, mais à quel prix !

    La seule chose qui suit vraiment cette guerre, ce sont les querelles causées par notre langue. Il n'y a pas moyen de se faire respecter et même, de parler le français dans l'armée ou dans le centre ville de Montréal. Tu dois connaître ce problème.
  
Les anglais veulent que l'on fournisse des hommes et des femmes, mais ils nous traitent comme des moins que rien, comme de la vermine. Heureusement, certaines personnes en compagnie du Bloc populaire veulent des changements.
    Depuis ton départ, de fortes pressions ont été exercées sur les patrons de certaines entreprises. Les grèves se font de plus en plus nombreuses. Monsieur Michel Chartrant se dévoue à la cause des travailleurs Québécois.

    Il est maintenant l'heure pour moi et ta soeur d'aller travailler. Prends soin de toi, et ne fais pas de folies.

Ton père et ta soeur qui t'aiment beaucoup.

 

 

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