26 Septembre 1944

 

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François Ledoyen

Montréal, Québec
26 Septembre 1944

 

Ma très chère Angela,

    Voici enfin de mes nouvelles heureusement bonnes et rassurantes.

    J’ai enfin retrouvé mon pays et ma famille. Mon père dont je te parlais sans cesse a été heureux de me revoir sain et sauf. Ma soeur a mis son enfant au monde le 26 Avril et son bébé se porte comme un charme. Malheureusement, il n’en est pas de même pour son papa. Ce dernier faisait parti du régiment de fantassins qui s’est fait presque totalement anéantir en allant à l’assistance de la 2° D.I. qui était en difficulté aux environs de Verrières, en Normandie.

    Mon ami Rosaire, qui avait été rapatrié peu après le Débarquement pendant lequel il avait été blessé, est encore en vie mais il est malheureusement amputé des deux jambes.
   Les blessures qui m’ont valu un retour au Québec ne sont presque plus décelables mais la station debout m’est encore pénible et je dois me déplacer à l’aide d’une béquille.

    Avec le recul qu’il m’a été permis d’avoir, je me rends vraiment compte de la chance que j’ai d’être encore en vie. Il y a eu tellement de morts autour de nous.
   Je suis pourtant satisfait de m’être enrôlé car j’ai pu faire partie de ces soldats qui ont sauvé l’Europe de la menace oppressante d’Hitler. Je me souviens de tous les visages reconnaissants des villageois que nous avons délivrés. Je crois que sans nous, l’Europe serait toujours occupée. Aujourd’hui, toutes les nouvelles que j’entends à la radio sont bonnes. L’ennemi nazi recule jour après jour. L’espoir français renaît enfin.

    Malheureusement cette guerre n’est toujours pas terminée et les Allemands possèdent encore beaucoup de terrain. Il ne faut pas s’arrêter de combattre. Nous devons vaincre !

    J’ai eu des nouvelles de la Première Armée Canadienne. Après avoir libéré Falaise, nos troupes se sont dirigées vers Calais. Elles essaient toujours d’avancer vers les villes du Nord de la France. J’espère que nos soldats vont réussir à les atteindre rapidement et sans trop de morts.

    Cette guerre est vraiment trop atroce. Elle m’a cependant beaucoup appris, surtout sur la fragilité et l’importance de la vie.
    Au cours de ces longs mois horribles, je n’ai cessé de penser à toi et aux heureux mais trop courts moments que nous avions passés ensemble. Tu me manques beaucoup !
   J’ai passé trop de moments douloureux et je souhaite profiter maintenant de chaque instant qu’il m’est donné de vivre. J’aimerais vraiment les passer avec toi.

    J’ai pris un billet pour l’Angleterre dans le seul but de te revoir. J’arriverai dans deux semaines et je voudrais que tu reviennes avec moi au Québec pour la vie.

    Amoureusement.

François

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