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François Ledoyen
3° Division d’Infanterie Canadienne
3 Août 1944
Caen, Normandie, France
Cher père,
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Le vaguemestre vient de distribuer le courrier et en raison d’une
distribution irrégulière j’ai reçu deux lettres de vous ce même jour.
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J'ai été heureux de
recevoir enfin de vos nouvelles. Je trouve cependant dommage qu'il y ait des
conflits au Québec. Il y a assez de malheur ici pour tout le reste du monde.
Nous sommes définitivement maîtres de Caen depuis le 20 juillet mais il ne
reste plus rien de la capitale normande. Rares sont les bâtisses qui tiennent
encore debout.
Nous progressons très difficilement à travers le bocage car les soldats
allemands, eux, connaissent chaque recoin de la campagne normande. Heureusement
que les civils nous apportent une aide précieuse car ils maîtrisent
parfaitement le terrain et se relaient pour nous diriger sur des raccourcis à l’abris
des canons et des bazookas ennemis.
Je me suis complètement remis de ma blessure à l’épaule. La plaie était
superficielle ; la balle allemande n’avait fait qu’effleurer l’os. Je
n’ai pu vous écrire plus tôt car après avoir eu quelques jours de répit, j’ai
dû retourner au combat. Les chars allemands ont fini par disparaître des
collines proches de Caen mais nos Sherman ont subi de lourds dégâts.
Vers le 20 juillet nous avons enfin
atteint l’extrême Sud de Caen.
Quelques jours plus tard nous connaissions notre nouvel objectif :
avancer le plus possible vers Falaise, petite ville normande, au coeur des
installations ennemies. Nous n'étions que deux D.I. et une D.B.. Arrivés sur
un petit village, nommé Tilly la Campagne, les divisions allemandes étaient
partout. Elles étaient nettement plus nombreuses et mieux armées que nous.
Complètement impuissants nous avons fait demi-tour dans la soirée. Par contre
nous avons appris deux jours plus tard, le 27 Juillet, que la 2° D.I.
Canadienne avait réussi son objectif qui était de s’emparer de la petite
ville de Verrières. Mais un régiment de fantassins de cette division a été,
paraît-il, complètement anéanti par les tirs des Panzer. Cette opération
était suicidaire mais le sacrifice de nos compatriotes a permis aux
Américains de continuer d’avancer. C’est du moins la phrase explicative de
nos supérieurs.
Je vous laisse car nous levons le camp pour continuer notre progression vers
Falaise.
Je vous tiens au courant.
Affectueusement.
Votre fils : François

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