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Charles Ledoyen
Montréal, le 5 Juin 1944
Cher François,
La nouvelle que nous venons d'apprendre
dans ta dernière lettre nous crible d'angoisse.
Nous trouvons
inquiétant que tous les soldats soient réunis de cette façon. Cela ne
présage rien de bon. D'après ce que nous savons, il manquerait environ mille
soldats volontaires dans les troupes à l'heure qu'il est. Le manque de
volontaires est si grand que 488 hommes on été permutés dans les bataillons
francophones. Nous suivons de près les réactions politiques.
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Nous nous
souvenons de la promesse électorale de Monsieur Adélard Godbout, chef du parti
libéral provincial du Québec. Il s'est engagé à démissionner si jamais la
conscription devait avoir lieu. Nous craignons le pire.
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Ici, les efforts de
guerre se poursuivent à un rythme effréné. Les femmes vont au travail, ce qui
crée une atmosphère spéciale et quelque peu anormale. Tout le monde doit
pouvoir fournir son temps et sa disponibilité. |
Les usines se développent
rapidement et il faut produire un volume de marchandises de plus en plus grand.
Les couvertures, les munitions et les avions sont des produits en demande au
front. De plus, le recyclage est chose courante. Tout doit servir selon les
affiches collées sur les murs par le gouvernement.
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Nous en sommes
rendus à utiliser des vieux os pour en faire de la colle à avion et des
munitions. Le gouvernement manque d'argent. Ce n'est pas un secret. Il continue
d'émettre des obligations de la victoire. |

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Les rumeurs d'une attaque massive se font
plus fréquentes. Évidemment, tu n'es pas le seul Montréalais à être mobilisé dans cette situation.
Tu manques énormément à tout le monde.
Tiens bon fiston.
Ta famille qui t'aime et qui t'aimera toujours.

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