Charles Ledoyen
Montréal, le 6 Mai 1944
Cher François,
J'ai reçu ta lettre qui est, pour ta soeur
et moi, un grand soulagement. Elle est en effet le seul lien solide que nous
puissions entretenir avec toi, et, par le fait même, la seule preuve qui nous
indique que tu es en vie.
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Certaines de tes nouvelles ont été
hachurées dans tes lettres précédentes. Je suppose que le courrier est lu
sans relâche dans le but d'éliminer toute information possible d'aider
l'ennemi. Cependant, ça ne change rien puisque ce qui nous importe, c'est ta
santé. |
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Je
me demande encore la raison de ton enrôlement. Il n'y avait pourtant aucune
forme de conscription. C'est un geste que je désapprouve, sache-le. Je connais
les monstruosités de cette guerre meurtrière. J'ai participé à la première
donc je sais ce qui peut t'arriver. |
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Depuis ton départ en décembre 1943, il ne
s'écoule pas un jour sans que nous attendions ton courrier dans l'espoir de
recevoir des nouvelles positives.
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En voici de
notre coin de pays. Montréal est toujours aussi belle. Comme toujours, notre
charmant printemps est revenu à l'assaut, nous laissant un pied de cette
saleté blanche. Le tout commence à fondre, c'est le bon côté des choses. Les
rues Fabre et Saint-Denis fourmillent de personnes affairées. Tout le monde est
inquiet car il y a une rumeur nous annonçant que l'on manque de recrues au
front. Il manquerait environ 750 volontaires pour le service outre-mer. Nous
espérons que le Ministre Mackenzie King tiendra sa promesse et qu'il ne nous
soumettra pas à la conscription.
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Ta soeur a
accouché le 26 Avril d’un joli gros bébé bien joufflu nommé Jacques comme
mon frère mort.
Nous sommes tous impatients de te revoir.
Ton père : Charles